PSG-Real Madrid: Autopsie d’un fiasco parisien

Une page de l’histoire du PSG se tourne. Le PSG est sorti de la compétition reine en Europe par la petite porte (3-1/1-2). Il n’y a pas de honte à perdre contre le Real, mais c’est la façon dont le PSG a été éliminé qui pose problème, la pilule a du mal à passer.

C’est la fin de l’histoire pour Emery, il n’a pas réussi à faire passer ce fameux cap en ligue des champions (deux années consécutivement éliminé en huitième de finale), alors qu’auparavant, on parlait de blocage en quart de finale. Paris a donc régressé sur ce point.

Ce soir, c’est l’ensemble du club qui a sombré. Le coach, les joueurs, la trop faible institution.

Trois facteurs symbolisent cet échec : Les choix d’Emery (pas d’impact tactique, les choix de départ, le positionnement de certains joueurs comme Di Maria sur la gauche alors qu’il est exceptionnel à droite récemment, Meunier qui ne joue pas alors que Dani Alves est au fond du trou depuis un certains temps, entre autre), Verratti qui ne grandit plus au PSG et qui se fait expulsé stupidement à la 66ème minute, et le famélique MBappé qui semble perdu (c’est le cas depuis un certain temps à Paris).

Paris s’est fait manger dans tous les compartiments du jeu, techniquement, tactiquement. Que ce soit en terme de motivation, on attendait le PSG le couteau entre les dents. Comme le dit Arrigo Sacchi, on a vu un Real joué la cigarette à la bouche, tranquillement, sans jamais semblé avoir peur.

Le milieu de terrain est probablement là où le PSG a le plus failli. Dans ce secteur de jeu, Paris a été mangé par Lucas Vasquez et Casemiro, que ce soit techniquement ou en terme d’impact physique, heureusement que Kroos et Modric n’étaient pas titulaires.

On notera aussi les interviews des joueurs en zone mixte après le match, qui certes ne cherchaient pas à se défausser, mais qui avaient surtout une pensée pour le président Nasser et très peu pour leur entraîneur. On a même vu le président Al-Khelaifi nous dire après-match qu’il ferait le point avec les joueurs, et donc il fallait lire entre les lignes, pas avec Emery. S’il fallait encore douter qu’il y a un vrai problème entre Emery et ces joueurs, le doute est dissipé.

Faisons le post-mortem de la formation alignée par Emery hier soir :

Areola : A défaut d’être un grand gardien, il a plutôt été bon sur l’ensemble des deux matchs. Malgré tout, pour un club qui veut atteindre le toit de l’Europe, c’est insuffisant en terme de niveau. Oblak (Atletico Madrid), De Gea (Manchester United) ou Donnarumma (Milan AC) devrait le remplacer cet été.

Berchiche : Mieux que Kurzawa, l’espagnol a peut-être été hier soir un des plus vaillant sur le terrain (avec Cavani). Malgré tout, idem que pour le poste de gardien, c’est insuffisant quand on prétend vouloir gagner la Ligue Des Champions. Quand on voit que le Real aligne Marcelo à ce poste, il y a un monde d’écart en terme de niveau entre le brésilien et les deux parisiens qui se partagent le côté gauche de la défense parisienne. Un nouvel arrière gauche devrait débarquer l’été prochain au PSG (Sandro ? Guerreiro?).

Dani Alves : Pas le plus mauvais, force est de constater que contre Dijon ou Marseille, ça passe. Mais au plus haut niveau, le brésilien est très loin de son niveau d’antan. Meunier devrait être installé durablement titulaire dès la saison prochaine.

Thiago Silva : Le défenseur central brésilien n’a pas été le plus mauvais, attendu au tournant, il a essayé de montrer la voie à suivre, sans succès, il fait tout de même la remise sur le but de Cavani.

Marquinhos : A l’instar de Mbappé, le défenseur central brésilien semble passer entre les gouttes des critiques dès qu’il est moyen. Ce soir, comme ces coéquipiers, il n’a pas été à la hauteur de l’événement et est fautif sur le but de Casemiro.

Rabiot : Il est celui qui n’hésite pas à venir parler aux journalistes dès le coup de sifflet final, il ne se débine pas et cela se ressent dans ces propos. Rien que pour cela il mérite un bon point. Cependant, sur le terrain, on attend beaucoup plus du milieu formé au PSG, on attendait des passes qui amènent des occasions de but, un véritable engagement physique, et du mordant. On a rien vu de tout ça. Le PSG devrait tout de même le conserver dans son futur projet pour la saison prochaine.

Thiago Motta : Il est sur le retour après une longue blessure. On l’attendait un peu comme le métronome et le pilier de ce milieu de terrain. Malheureusement, l’international italien de 35 ans a été trop juste, et on pourrait même ajouter que lors des rencontres couperets, il n’a jamais rempli son rôle. Le milieu de terrain parisien dans sa globalité est là où le bât blesse. Il devrait y avoir beaucoup de mouvement dans ce secteur de jeu lors du prochain mercato. Avec le poste du gardien et celui du latéral gauche, le milieu de terrain parisien sera le plus gros chantier du PSG l’été prochain. Hormis Rabiot qui devrait toujours être là dans l’entre-jeu parisien la saison prochaine, il faut tout revoir.

Verratti : L’italien ne progresse plus depuis plusieurs années. Il a la technique, c’est indéniable, mais il « tricote » trop avec le ballon, il ne lâche pas le ballon quand il doit le donner rapidement, le donne trop rapidement et fait des mauvais choix quand il faudrait le garder pour gérer les moments lorsque son équipe à moins le ballon. Plus grave, il retombe dans ces travers, pète un plomb stupidement et laisse ces coéquipiers en infériorité numérique à partir de la 66ème minute alors qu’ils ne sont menés que 1-0. L’italien ne progresse plus et peut-être qu’il me fera mentir à l’avenir dans un autre club, mais pour l’instant, ce n’est pas le grand joueur annoncé. Il est temps de vendre Verratti et le remplacer par un vrai taulier, un vrai grand joueur, présent dans les grands matchs.

Di Maria : Brouillon, nerveux dans ces prises de balle, celui qui enfile les buts comme des perles depuis plusieurs mois, qui est le meilleur parisien depuis début 2018, à l’instar de ces coéquipiers, est passé à côté de son match. L’argentin avait la pression de remplacer Neymar, et pour cela, pour mettre Di Maria dans les meilleures dispositions possibles, Emery a eu la géniale idée de le faire jouer à gauche alors que récemment, c’est souvent à droite qu’il est bon (et Mbappé était souvent bon à gauche avec Monaco la saison passée), allez comprendre. Pas certains qu’on revoit l’argentin revêtir le maillot parisien en coupe d’Europe, il devrait faire partir du wagon de ceux qui vont être vendus l’été prochain, en tête de gondole.

Cavani : Pas son meilleur match de la saison, on a même revu son côté brouillon agaçant par moment. Mais vu la physionomie du match, vu le comportement de ces coéquipiers au milieu de terrain en terme de créativité, l’uruguayen a quand même mis son but. Il a affiché un mordant à la hauteur de l’événement, on l’a vu hargneux, passablement agacé par la tournure que prenait l’événement. On aurait aimé voir le reste de l’équipe avec le même état d’esprit. J’espère que Cavani, de par son comportement irréprochable depuis toujours, ces performances depuis 5 ans qu’il est au PSG, sera dès l’été prochain consacré comme il se doit, en récupérant le brassard de capitaine du PSG. Si l’uruguayen commençait à en avoir ras le bol, et qu’il décidait d’aller faire une ou deux saisons au Real qui cherche un avant-centre pour la saison prochaine ou en Angleterre, on ne pourra pas lui en vouloir. Car à 31 ans et 5 ans passés au club et en Ligue 1, il doit commencer à se demander s’il va un jour réussir à remporter la Ligue des Champions avec le PSG.

Mbappé : On a l’impression que l’international français passe au travers des gouttes en terme de critique. Car il faut se rendre à l’évidence, ce qu’on a vu ce soir concernant sa performance, on le voit depuis de longues semaines pour ne pas dire des mois. Mbappé arrive toujours à placer ces accélérations fulgurantes et mettre son but contre Dijon, Marseille ou Angers, mais contre le Real, on ne met pas un vent à Ramos ou Marcelo de la même façon qu’on peut le faire le week-end en Ligue 1. On a l’impression que depuis OM-PSG du mois d’octobre dernier et son fameux commentaire sur le fait qu’on ne l’avait pas fait venir au PSG pour gagner le Classico français, on l’a fait taire. On a entrevu le Mbappé monégasque de la saison passée sur les mois d’août et septembre, c’était prometteur. Et depuis l’automne, il ne s’exprime plus dans les médias et très rarement en zone mixte. On le sent muselé par le service communication du PSG. On le voit sur les traits de son visage, il n’est pas à l’aise depuis plusieurs mois. Comme je l’ai entendu sur une célèbre émission de football, il ne digère pas son pharaonique transfert, sa vie et son équilibre ont été chamboulés. Force est de constater que depuis plusieurs mois, pour un joueur arrivé en fanfare pour 180 millions d’euros et présenté comme le futur ballon d’or français, c’est très insuffisant. Mbappé passe au travers des gouttes malgré ces prestations moyennes, les médias ne semblent pas enclin à lui rentrer dedans, pour l’instant. On rappellera que pour 180 millions d’euros, Paris aurait pu s’offrir un Aguero ou même un Cristiano Ronaldo pour deux saisons, au vu de la prestation du madrilène ce soir, on peut se poser certaines questions. Doit-on accepter que Mbappé est jeune et qu’il bénéficie d’un certain crédit pour sa première saison malgré son transfert à 180 millions ? Ou doit-on craindre qu’on ne reverra peut-être plus jamais le Mbappé de la saison dernière à Monaco, que le gratin du football s’arrachait ? Réponse la saison prochaine, car il sera toujours là sur le coté droit du trident offensif parisien.

On mettra malgré tout un mauvais point au public parisien, qui malgré l’ambiance des grands soirs en début de match et le super « tifo » avant le coup d’envoi, a tout gâché avec les fumigènes qui ont fait perdre du temps à leur équipe qui courrait après le score et également ce « mal français » du non respect des minutes de silence.

Conclusion : Qu’Emery soit débarqué dans les prochains jours histoire de taper sur quelqu’un ou à la fin de la saison, dans tous les cas, une page se tourne, toujours sans avoir passé ce fameux cap en Ligue Des Champions. Emery avait entre les mains une des voitures les plus rapides du circuit sur le papier, et il a échoué. On rappellera tout de même que Emery n’était pas un peintre avant d’arriver au PSG, il a été recruté pour deux choses : Le style de jeu offensif et plaisant (la fameuse grinta) qu’il pratiquait à Séville (car on reprochait à Laurent Blanc de ne pas avoir de style de jeu marqué) et surtout faire passer ce fameux cap des quarts de final en Ligue des Champions, car le basque avait remporté 3 Europa Ligue avec FC Séville (plus que le palmarès européen du football français dans sa totalité). Le PSG va probablement réaliser un nouveau triplé (championnat, coupe de France et de la Ligue), mais ce n’est pas suffisant. Le PSG écrase tout à niveau national, il n’y a pas de concurrence (hormis un épiphénomène comme l’AS Monaco la saison passée, une fois tous les 10 ans). Un club avec de tels investissements se doit de faire mieux, les supporters ne peuvent plus se contenter d’être prophète uniquement dans leur pays. Un nouvel entraîneur va arriver (Pochettino ? Conte ? Allegri ? Luis Enrique?) dans quelques jours ou quelques mois. Quoi qu’il en soit, le prochain entraîneur réussira uniquement s’il est libre de faire ce qu’il veut, si on ne lui impose plus certaines choses sur la feuille de match (cf. Dani Alves qui décide des matchs qu’il va jouer, entre autre), et si certains cadres du PSG Qatar version 1.0 quittent le navire (Thiago Silva, Verratti, Thiago Motta principalement).

Pour l’instant, Nasser Al-Khelaifi ne semble pas en danger, mais jusqu’à quand ? Du côté de Doha, on doit commencer à se poser des questions sur celui qui est aux manettes du projet parisien.

Jean-baptiste Bazot