Présidentielles France 2017 – Pourquoi il n’y aura pas de candidats de gauche au second tour

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Election présidentielle 2017, pas de candidat de la gauche au second tour ?

C’est un  scénario tout à fait plausible. La France sort d’un quinquennat socialiste qui n’était pas plus désastreux que le précédent mais qui appelle naturellement à l’alternance. En France, nous sommes spécialistes de l’alternance pour le statuquo, mais ceci est un autre débat.

Dimanche, la France choisira son candidat socialiste lors du second tour des primaires. Nous aurons alors Manuel Valls ou Benoit Hamon, comme candidat pour représenter le parti socialiste lors de l’élection du 22 avril prochain.

La participation, plus de 4 millions de personnes ont participé à chaque tour des primaires de la droite, et pourtant il fallait même 2€ pour voter. La primaire socialiste a réuni moins de 1.5 millions de personnes, le vote est pourtant soldé, deux fois moins cher que celui de la droite, 1 euro symbolique. Cela démontre bien le manque d’intérêt des français pour la primaire socialiste. Sous-entendu, peu importe qui sera votre représentant, nous ne sommes pas intéressés, nous voterons pour un autre candidat/parti.

La gauche est divisée. Les socialistes sont désavoués. Après avoir passés de nombreuses années dans l’opposition sous les mandats Chirac et Sarkozy, une fois au pouvoir à partir de 2012, ils n’ont pas su insuffler ce nouvel élan dont la France a besoin. Pendant toutes ces années passées dans l’opposition, nous aurions pu croire à juste titre que les socialistes avaient murement réfléchis à un nouveau projet, des idées pour relancer ou réformer un pays qui en a grandement besoin. Sympathisant socialiste ou pas, on ne peut que constater l’échec de ce quinquennat. Le pays n’a pas avancé, dans le meilleur des cas, la France fait du surplace.

Nous avons donc un parti socialiste désavoué, les français ne souhaitent pas les revoir aux commandes du pouvoir suprême avant un certain temps.

Côté gauche de l’échiquier politique français, nous retrouvons Jean-Luc Mélenchon. Il a le vent en poupe et flirte avec les 15% d’intention de vote au premier tour. Idéologiquement, (le parti socialiste étant réellement un parti centriste), Mélenchon représente la « véritable » gauche, avec des idées et un programme bien trempé. On adhère ou pas, Jean-Luc Mélenchon a bel et bien des idées de gauche. Chacun jugera si l’actuel élu au parlement européen est crédible et s’il ne fait pas des propositions à l’emporte-pièce sachant pertinemment qu’il ne sera pas élu (cf. SMIC à 1700€ brut). Le principal étant d’atteindre les 5% pour que les frais de campagne soient remboursés par l’état français. Sauf catastrophe peu probable, cela devrait être le cas. On rappellera aussi que le candidat de l’alternative au capitalisme est un auteur à succès en librairie et actuel numéro un des ventes de livre sur Amazon, on peut même acheter son programme pour la modique somme de trois euros…

Il y aussi le cas Emmanuel Macron, ex-ministre de l’économie du gouvernement Valls II. Il a quitté le parti socialiste au printemps dernier pour fonder son propre parti et selon les sondages les plus récents, il frôle avec les 20% d’intention de vote au premier tour. On ne peut pas qualifier Emmanuel Macron de gauche. Dans une autre vie, personne n’aurait été choqué si l’ancien banquier chez Rothschild était membre du parti des Républicains. Dans le meilleur des cas, il appartient à un courant politique social-démocrate centriste. Mais peu importe, il a cette étiquette de gauche et cette allure moderne qui séduit de nombreuses personnes. Emmanuel Macron est populaire, peu d’homme politique ont quitté un parti historique pour fonder un nouveau mouvement et se retrouve aussi rapidement entre 17 et 21% des intentions de vote du premier tour d’une élection suprême. Macron est populaire car nous sommes dans une société d’image et de marketing. Via son allure jeune et dynamique, il représente l’opposé des dinosaures de la politique tel Fillon, Valls et Cie. De nombreux sympathisants d’Emmanuel Macron ne seraient probablement pas capables de décrire les grandes lignes du programme politique de celui qui a été formé à l’ENA. Ils adhèrent à l’image du candidat.

Rajoutons à cela les petits partis de gauche type Europe Ecologie Les Verts (Yannick Jadot) et le NPA (Philippe Poutou) qui dans le meilleur des cas atteindront en cumulé 3-4% des voix.

Sans même prendre en compte ceux qui votaient à gauche et qui iront voter pour les Républicains ou le Front National, l’électorat de gauche votera pour les candidats ci-dessus. Si on fait les comptes, la fourchette basse serait de retrouver Mélenchon à 15%, Macron à 17% plus EELV et le NPA à 3%. Cela représente malgré tout 35% des voix du premier tour. Même si les choses peuvent changer jusqu’au dernier moment, Marine Le Pen (FN) et François Fillon (Républicains) sont crédités d’environ 25% des voix chacun. En rajoutant les voix pour Macron, Mélenchon, le NPA et EELV, cela représente 85% des intentions de vote du premier tour, et nous n’avons pas encore inclus le candidat socialiste dans cette estimation. Pour qu’un candidat socialiste soit présent au second tour de l’élection présidentielle, il faudrait qu’il passe devant Mélenchon, devant Emmanuel Macron et devant soit Marine Le Pen ou Fillon. A l’instant présent, c’est un scénario inconcevable. Si ceux qui voteront Mélenchon et Macron au premier tour ne changent pas d’avis, il faudrait donc alors que le candidat PS arrive à avoir 20% des voix au premier tour. Ce qui voudrait dire que plus de 50% des français voteraient pour un candidat de gauche ou centre-gauche (20% Hamon ou Valls, 17% Macron, 15% Mélenchon). Je n’y crois pas un seul instant. Même si on se méfiera de l’effet Trump et des affaires type Pénélope Fillon qui pourraient influencer le vote des français, le dernier sondage Sopra Steria Ipsos reflète ce que normalement nous devrions voir au soir du premier tour (Marine Le Pen et François Fillon en tête, le candidat socialiste à moins de 10%).

 

Jean-Baptiste Bazot