FOOTBALL – Ligue 1 – PSG – La crise à Paris?

Partager

Défaite à Montpellier, 2-2 contre Ludogorets et Nice, victoire contre Lille 3-1, défaite à Guingamp 2-1. Soit sur les 5 derniers matchs, 1 victoire, 2 matchs nuls, 2 défaites. Paris est en crise. En Ligue 1, Paris est à 7 points du leader niçois. En Ligue des Champions, suite au faux-pas contre Ludogorets, Paris finit 2ème de son groupe et affrontera le FC Barcelone en huitième de finale (autant dire que sauf malentendu ou regain de forme exceptionnel d’ici février, l’aventure européenne parisienne devrait s’arrêter là).

Aucun doute sur le sujet, le PSG est en crise.

Premier cité (injustement ?) sur le banc des accusés par les supporters et les médias, Unai Emery. Des compositions d’équipe improbable, un coaching incompréhensible,  un changement de style de jeu (la fameuse patte Emery) qu’on a entrevu en début de saison mais qui n’aura pas duré bien longtemps, nous sommes revenus au bon vieux 4-3-3 de Laurent Blanc, sans les résultats du natif d’Alès. Les joueurs ont lâchés leur coach ? Je ne pense pas, les derniers matchs des parisiens et en particulier la défaite à Guingamp semble indiquer le contraire. On peut reprocher à Emery de ne pas choisir les bons joueurs en termes de composition d’équipe, on peut lui reprocher de ne pas placer certains joueurs à leurs postes de prédilection (Matuidi). Les joueurs n’y sont plus, comme l’a indiqué Verratti à chaud en interview à l’issu du match contre Guingamp. Il faut arrêter de raconter des histoires, le technicien basque a sans aucun doute sa part de responsabilité, mais selon moi les joueurs sont les principaux coupables.

Toutes les lignes sont à remettre en cause, à commencer par le gardien, Areola, alors qu’on avait aperçu de belles choses en début de saison, force est de constater que ce gardien n’est pas le jeune talent tant espéré, il n’a pas sa place dans une équipe avec des ambitions aussi élevées que le PSG. On sent que sa défense ne lui fait pas confiance. On en vient presque à regretter Kevin Trapp, le portier titulaire de l’an passé, pourtant décrié toute la saison dernière. Bien qu’il ne fasse pas partie du gratin du gotha européen des gardiens de but, l’allemand alignait globalement des meilleures performances, malgré quelques boulettes mémorables. Depuis l’arrivée des qataris et Sirigu, aucun joueur n’a donné entière satisfaction à ce poste. Continuons notre analyse ligne par ligne. La défense, David Luiz parti, la paire Marquinhos-Thiago Silva devait s’imposer comme une des meilleures charnières au monde, les deux joueurs sont méconnaissables. Thiago Silva symbolise à lui seul la faiblesse de cette défense, incapable de se transcender et d’insuffler cet esprit de révolte. Le comble pour un capitaine, aussi talentueux qu’il soit, il semble confirmer les dires de ces détracteurs qui pointent du doigt son ultra-émotivité et son manque d’agressivité au sens positif du terme. Les latéraux sont aux abonnés absents, Kurzawa démontre qu’il est un Lucas Digne « bis », une erreur de casting, pas un mauvais joueur, mais pas un « top player » à son poste pour un club qui ambitionne d’être champion chaque année et remporter la Ligue des Champions. Serge Aurier, qui fait d’avantage parler de lui pour ces frasques extra-sportives que pour ces performances sur le terrain. Certes, sans être exceptionnel il est offensivement intéressant, mais défensivement, ces lacunes sont flagrantes. Je ne comprends toujours pas les déclarations dithyrambiques faites à son sujet il y a peu, qui dépeignaient l’ex-toulousain comme un des meilleurs latéral au monde, en terme de standing, on est pourtant à des années lumières d’un Marcelo, Jordi Alba ou Philipp Lahm. Que dire de Kimpembe, très bon en début de saison. Depuis qu’il a signé son nouveau contrat pour lequel il a fait des pieds et des mains, le défenseur parisien, pur produit du centre de formation, a tout simplement disparu des radars.

Au milieu de terrain, Matuidi n’est pas le pire, il n’est pas dépositaire de la technicité de l’entrejeu du PSG. Si on attend de « monsieur trois poumons », qu’il débloque une situation, on a clairement un problème. Verratti, le talent est là, c’est indéniable. Les dribbles dans sa propre moitié de terrain, c’est bien, mais pour quelqu’un qui a son positionnement, son talent, combien de passes décisives ? Combien de buts ? Combien de joueurs éliminés débouchant sur une action créant une occasion de but ? Les chiffres sont là et le constant est accablant pour le milieu de poche italien. Pourtant, quand on voit ce qu’il est capable de faire à 80 mètres de la surface adverse, le potentiel est là. On dit que les grands joueurs se révèlent durant les grands matchs. Que doit-on retenir du talent Verratti durant ces 5 ans passés au PSG ? Des dribbles à 80 mètres de la surface adverse, des blessures, une hygiène de vie douteuse, et un excellent match à Barcelone il y a maintenant plusieurs saisons, c’est peu mais les faits sont là pour ceux qui voit en lui un titulaire en puissance que ce soit au Real ou à Barcelone. Thiago Motta, que fait-il encore au sein du PSG hormis pour l’aspect financier? La soupe est bonne à Paris, c’est certains. Certes il fut très bon il y a encore deux ans mais force est de constater que le milieu italien n’y est plus. Sa justesse technique ne suffit plus pour combler son insuffisance physique. Un véritable train de sénateur au milieu de terrain. Lucas, malgré toute sa bonne volonté et réalisant peut-être sa meilleure saison depuis son arrivée à Paris, le joueur ne progresse plus, on sait maintenant qu’il ne sera jamais cet ailier virevoltant tant espéré par les supporters parisiens. Une pauvreté tactique et un manque de lucidité dans ces déplacements font que le brésilien ne progresse pas. On ne peut pas uniquement se satisfaire de quelques accélérations de temps en temps. Il s’agit de football pas d’athlétisme. On se souviendra de ces deux rush face à Valence en Ligue des Champions et Marseille il y a plusieurs saisons, ce sera tout. Cavani fait le boulot, il n’y a rien à dire, statistiquement parlant, les buts sont là. L’uruguayen réalise sa meilleure saison depuis son arrivée au PSG. En termes de valise de but, l’ère Ibrahimovic fait belle et bien parti du passé.

Gardons le meilleur pour la fin, Di Maria, arrivée en grande pompe au PSG auréolé du statut de joueur de standing mondial pour la coquette somme de 63 millions d’euros. Sauf pour quelques ultras fanatiques de celui qu’on surnomme « el fideo », nous restons tous sur notre faim. Le talent est là, c’est indéniable, Di Maria a fait ces preuves au Real Madrid, mais depuis son départ de Santiago Bernabeu et son arrivée à Old Trafford, l’argentin n’y est plus. Je ne sais pas si on peut espérer un jour revoir le phénoménal Di Maria, grand artisan de la « decima » remportée par les Merengue.

Les absents ont toujours tort. Dans la morosité ambiante du côté du Parc des Princes, on en vient presque à regretter Adrien Rabiot, auteur d’un super début de saison jusqu’à sa blessure avec les bleus contre la Côte d’Ivoire. Ben Arfa, qui semblait enfin glaner du temps de jeu s’est lui aussi blessé. Jesé, blessé ou non sélection diplomatique, son influence du côté de la porte d’Auteuil est inexistante. Javier Pastore, c’est normalement le joueur qui devrait être le meneur de jeu parisien, le dépositaire des mouvements offensifs du jeu parisien, un talent exceptionnel balle au pied, dès que l’argentin est là et au point physiquement (attention cela ne dure jamais très longtemps), son impact sur le jeu est immédiat. L’été dernier, tout amateur de foot salivait d’avance en s’imaginant le futur trident offensif parisien composé de Di Maria, Pastore et Cavani. El Flaco est malheureusement constamment blessé (hygiène de vie ? syndrome Gourcuff ? la faute à pas de chance ? faiblesse physique ?), je pense que sauf miracle nous ne verrons jamais la saison pleine tant attendue, l’argentin en est à sa sixième saison parisienne. J’espère me tromper car si le physique suivait, Pastore serait un joueur immense.

Dernier constat, peu importe qu’on parle de valeur intrinsèque du joueur ou ce qu’il a fait dans ces clubs précédents , pas la peine de s’étendre, le recrutement est raté. Ben Arfa, Krychowiak, Jesé, Meunier, des très bons joueurs dans un contexte différent (au moins pour les 2 premiers), mais aucun d’entre eux n’a su apporter une réelle plus-value au PSG.

 

 

La trêve hivernale est quasi là, les portes du mercato d’hiver vont bientôt ouvrir. Que va-t-il se passer au PSG pour repartir du bon pied ? Deux possibilités, soit Emery est renforcé soit sa tête tombe. Depuis plusieurs jours, les médias s’en donnent à cœur joie concernant d’éventuels successeurs pour prendre les rênes du club parisien. Van Gaal, Mancini, Capello, Seedorf, Hiddink. Hormis Seedorf qui n’a aucune référence au poste d’entraîneur (deux expériences ratées, au Milan AC et avec le club chinois de Shenzhen), les noms cités sont plutôt bons mais n’offrent aucune garantie, rien ne dit qu’ils réussiraient à remettre le PSG dans le droit chemin. Louis Van Gaal, sa dernière expérience à Manchester United nous pousse à croire que le talentueux batave a potentiellement fait son temps, et qu’il fait partie de cette génération d’entraîneur qui a tout gagné, mais dont les méthodes drastiques ne sont peut-être plus adaptées au football contemporain en terme de gestion humaine. Mancini (1 fois champion d’Angleterre et 3 fois champion d’Italie), après avoir quitté Manchester City en 2013, ces deux dernières expériences à Galatasaray et l’Inter Milan ne furent pas couronnées de succès, il n’a remporté aucun trophée majeur, considérant l’âge et le CV de l’italien, cela reste probablement la solution la moins risquée dans le cadre d’un éventuel remplacement du coach parisien actuel. Fabio Capello, ces deux dernières expériences en tant que sélectionneur de l’Angleterre et de la Russie ont été très mitigées et ne resteront pas dans les annales du football. De plus, il n’a plus entraîné de clubs depuis son départ du Real Madrid en 2007. Malgré son immense palmarès, le risque de faire une (autre ?) erreur de casting est très probable. Guus Hiddink, avec Mancini, c’est peut-être la deuxième solution la plus réaliste et intéressante pour le PSG en faisant appel à ce spécialiste de la transition. Sans tomber dans le « café du commerce » et sans faire insulte à sa carrière, il a l’habitude de faire « la rustine ». Aucun doute concernant le fait que le néerlandais a l’habitude d’arriver en court de route dans un club et par conséquent il a les méthodes adaptées à ce genre de situation. Par contre, même s’il a tout gagné avec le PSV Eindhoven à la fin des années 80 (6 fois champion des Pays-Bas, 4 coupes des Pays-Bas, 1 Coupe des Champions), que ce soit ensuite avec Chelsea, Valence ou le Real Madrid, il n’a remporté aucun trophée majeur.

Le changement d’entraîneur en cours de saison est clairement un risque pour le PSG car il n’y a pas de Guardiola ou Ancelotti disponibles sur le marché des entraîneurs. On espère que d’ici les prochains jours, le président du PSG, Nasser Al-Khelaïfi, va enfin s’exprimer sur le sujet. Soit pour annoncer le remplacement d’Unai Emery ou soit envoyer un signe fort en direction du technicien basque afin de le renforcer dans ces fonctions en lui donnant la main mise sur l’effectif et en l’autorisant à se séparer de 3-4 cadres de l’équipe pour les remplacer par des références mondiales à leurs poste. De mon point de vue, la meilleure solution. Mais si Paris n’a pas réussi à recruter ce type de joueur l’été dernier, peuvent-ils le faire durant ce mercato d’hiver qui est réputé pour être un marché d’ajustement d’effectif et non de révolution. Réponse prochainement.

 

Jean-Baptiste Bazot